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Deuxième jour de Trek, justice communautaire et Potolo

samedi 19 décembre 2009 : deuxième jour de trek , jusqu’à Potolo

Finalement, aujourd’hui on ne va pas à Quila-Quila comme c’était prévu, mais à Humaca puis Potolo. A l’unanimité, nous avons demandé à David de changer le programme pour voir les empreintes des dinosaures…

Nuno se lève à 5h pour réveiller David qui a oublié son réveil.  Le petit-déjeuner est censé être servi à 5h30, mais la cuisinière ne s’étant pas réveillée, nous devons attendre. Du coup, notre randonnée commence en retard, doit à 6h40 au lieu de 6h. Il pleut fort et de face, le chemin devient boueux et glissant. La montée est donc plus difficile er dangereuse que la veille. On est rapidement trempés malgré nos imperméables. Heureusement la pluie cessera au bout d’environ 2 heures.

 

Sur le chemin, David, notre guide, nous explique le système de la justice communautaire, qui est reconnu par constitution bolivienne. Chaque communauté a sa propre justice, avec ses propres règle set ses propres « institutions », mais doit respecter les principes et valeurs fondamentales insérées dans la constitution.  La justice communautaire ne doit pas être arbitraire et injuste. Dans les villages, on règle tous les conflits par ce système. Généralement c’est un conseil d’anciens du village, censés être les plus sages, qui fait office de juge et applique le droit coutumier local. Le souci c’est que dans des petits villages les plus reculés, il y a une mauvaise interprétation de la justice communautaire. Ils en oublient tous les autres principes fondamentaux du droit bolivien, et appliquent des sanctions qui rappellent celle du médiéval : bastonnade, mise au cachot, lapidation…et pour beaucoup de petits conflits, on laisse les intéressés se faire justice soi-même avec le droit d’utiliser la violence. L’étranger doit donc faire très attention à ne pas entrer en conflit avec un local, qui quoiqu’il se passe aura toujours raison.

David, ému, nous raconte ainsi l’histoire tragique d’un ami à lui, également étudiant en tourisme, parti faire un stage dans un petit village. Il y vivait depuis plusieurs semaines et s’entendait bien avec tout le monde, jusqu’au soir où en rentrant chez lui il a été pris à parti par un alcoolique du village. Une dispute éclate et les deux hommes se battent. L’ami de David sort gagnant du combat et rentre chez lui. Le lendemain l’ivrogne va raconter aux anciens du village que le jeune homme l’a attaqué et roué de coups sans aucune raison. Comme par hasard, l’ami de David a disparu suite à cet incident et les autorités locales n’ont pas donné d’explication ni de suite à cette affaire. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, que la maman du jeune homme, n’arrivant pas à faire le deuil de son fils vu que son corps n’a jamais été retrouvé, s’est rendu audit village et a questionné tous les habitants. Des jeunes enfants lui ont alors tout raconté : le différent avec l’alcoolique, la mort de son fils sous les coups des villageois, et ils lui ont indiqué où il avait été enterré. La maman a alors récupéré le corps de son fils. Les marques encore visible sur le corps et les trous dans son crâne témoignent de la violence avec laquelle il a été bastonné à mort…

 

Aujourd’hui Hilde galère pas mal. Elle est fatiguée et on doit souvent s’arrêter pour l’attendre, ce qui nous permet de faire des pauses, mais du coup on prend pas mal de retard. 2H30 plus tard, on est aux « huellas (empreintes) dos dinosauros » de Humaca, à 65 km de Sucre. A l’entrée du site, deux petits garçons de 6 et 7 ans nous font payer un prix symbolique. L’argent profite directement à la coopérative d’Humaca. On parle un peu avec les enfants, ils nous racontent leur quotidien et nous expliquent qu’ils parcourent chaque jour de nombreux kilomètres à pied pour venir sur le site vendre les tickets d’entrée. Nuno joue un peu avec eux, on leur offre des stylos pour l’école puis on part observer les empreintes géantes gravées dans la roche. On imagine alors la taille des dinosaures qui sont passés par là. On trouve également sur le site de nombreux fossiles. Les empreintes des dinosaures ont été découvertes il y a quelques années seulement, lors d’une forte pluie, il y a eu un glissement de terrain et la plaque supérieure s’est effondrée pour permettre à cette plaque tectonique contenant les empreintes de ressurgir. Après une courte pause photo, où l’on marche sur les empreintes en adoptant des positions de dinosaures, on repart en direction de Potolo.

 

 David nous raconte alors comment se déroulent les fêtes de villages par ici. A Chartas par exemple, lors de la fête annuelle, il y a de la musique, des bals et de l’alcool à volonté comme dans toute bonne fête de village, mais la spécialité locale c’est la lutte entre les hommes. Tous les vaillants, villageois ou non, qui veulent prouver leur virilité s’affrontent au milieu de la place publique. Les règles sont simples : il n’y en n’a pas. C’est une sorte d’ultimate fighting où tous les coups sont permis. Le combat s’achève souvent par la mort d’un des participants. Cette fête est de plus en plus populaire, et de nombreuses personnes viennent de très loin pour y assister. Comme lors de San Fermin à Pamplone, les locaux louent leurs balcons à prix d’or pour permettre aux touristes d’avoir une vue plongeante sur le spectacle. Lors de cette fête, tout homme peut en provoquer un autre présent dans la foule pour l’inviter au combat. On peut ainsi vous bousculer, ou vous voler vos affaires ou votre nourriture. Si vous osez vous opposer, et si vous ne baissez pas les yeux devant lui vous ne pourrez alors plus échapper au duel… c’est la raison pour laquelle, la fête est désormais sous haute surveillance policière afin d’éviter les débordements et que des touristes ne soient malgré eux conduits au centre de la place pour lutter à mort. On essaye ainsi de revenir aux bases de la tradition locale, qui avait connu des dérives dernièrement, selon laquelle il n’y a que les volontaires qui doivent participer à ces « combats de coq». Le grand gagnant, sera respecté de tout le monde pendant un an, jusqu’à la prochaine fête et jusqu’à ce qu’un autre téméraire le fasse tomber…

 

David nous parle ensuite du tourisme en Bolivie, et de sa volonté d’ouvrir son agence. Malheureusement, de nombreux étudiants, même une fois diplômés, restent toujours salariés mal payés d’une agence qui dans la plupart des cas appartient à un étranger venu investir en Bolivie ( en y pratiquant des tarifs européens ou américains, mais en payant les salariés à la locale…). Pour éviter ces situations et freiner l’afflux massif d’investisseurs spéculateurs non respectueux de l’environnement, des coutumes locales et de ses salariés, le gouvernement bolivien a mis en place une nouvelle législation. Pour ouvrir une agence de tourisme en Bolivie, le gérant doit désormais être au minimum titulaire d’une licence de Tourisme. Mais, l’homme depuis son plus jeune âge est toujours doué pour contourner les interdits : la nouvelle pratique courante consiste à demander à un jeune étudiant d’être gérant de fait de l’agence, et les bénéfices continuent d’être perçus par l’investisseur étranger. Un exemple : la plus grosse entreprise de Sucre  ( dont nous tairons le nom), qui appartient à un anglais, propose aux touristes des tours à prix bien élevé, et le tracé d’un de ces tours a été créé par David, qui faute de moyen, a vendu pour un prix minime le tracé du circuit à l’agence qui était censée lui reverser une participation à chaque fois qu’un touriste achète ce tour. David ne veut plus être pris dans ce piège et compte bien ouvrir sa propre agence avec Pablo, son ami qui passait son examen aujourd’hui. Le seul souci c’est que pour ouvrir une agence, il leur faut un budget de 6000 euros pour acheter le matériel. Ils mettent donc de côté le peu d’argent qu’ils gagnent grâce aux tours qu’ils arrivent à vendre à l’office de tourisme étudiant de Sucre.  Avis aux amateurs, David recherche des éventuels investisseurs qui voudraient bien devenir associés de sa future société, qui  vu ses qualités sera prospère, on n’en doute pas.

 

Pendant ces récits très intéressants de David, on traverse des paysages magnifiques aux couleurs changeantes et dégradées. En fin de matinée nous escaladons les dunes rouges de Potolo. C’est époustouflant.

Nous arrivons à Potolo à 13h30, soit avec plus d’une heure de retard par rapport aux prévisions de David, en raison de la fatigue d’Hilde. On espère qu’on trouvera un transport pour rentrer sur Sucre, sinon nous devrons passer une nuit ici. Potolo est une communauté qui s’est installée à environ 60 km de Sucre dans un grand espace ouvert entre des jolies montagnes aux couleurs multiples. Potolo est traversé par un fleuve du même nom. Les habitants de Potolo appartiennent au groupe ethnique Jalq’a qui parle le quechua.  Cette ville est  très fameuse pour son textile artisanal avec de jolis dessins zoomorphes et géométriques.  En attendant le bus ou un camion qui rentre sur Sucre, on en profite pour  laver nos chaussures, chaussettes et même nos pieds dans l’aqueduc qui traverse la ville. Au début, il n’y a pas de camion, on trouve un bus sur la place mais il ne rentre pas sur Sucre, il est réservé pour les autorités locales : aujourd’hui à Potolo se déroule la réunion entre tous les chefs des villages alentours. On est donc obligé d’attendre. A 15h30 un 4x4 pick-up arrive et accepte de nous amener jusqu’à l’entrée de sucre. Nous montons donc à l’arrière du, et nous asseyons sur les sacs dans le coffre ouvert du pick-up. Avec nous, il y a également un vieux monsieur qui ne parle que Quechua. Il parle avec David et sourit tout le temps même s’il n’a plus de dent. Bien accrochés, nous filons à toute vitesse et enchaînons les virages serrés, sur le chemin de terre rouge qui traverse le splendide canyon. Par chance, il ne pleuvra pas beaucoup pendant le trajet. Arrivés à l’entrée de Sucre, nous descendons du coffre, récupérons nos affaires et prenons un taxi jusqu’au centre.  Nous disons adieu à David, et lui donnons un pourboire pour ces services irréprochables. C’est le meilleur guide qu’on ait eu de tout le voyage jusqu’à présent. En plus des classiques explications scientifiques, géographiques et historiques, il nous a abreuvé de nombreuses histoires sur les pratiques et coutumes locales.

Arrivés à l’hostal la plata, nous savoure une douche chaude, vu qu’elle était gelée au bungalow à Maraguas. Nous lavons nos vêtements qui ont souffert pendant le trekk puis nous sortons dîner avec les locaux au comedor nocturno à l’étage du marché qui se situe juste en face de l’hostal.  



24/02/2010
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