les 7 nouvelles merveilles du monde

Vendredi 13 novembre 2009 : journée porte-bonheur ? ou malchance ?

 

Après une nuit glaciale durant laquelle le vent, la pluie, la grêle et la neige fondue se sont succéder, nous nous levons avec un  horrible mal de tête. Nuno a envie de vomir et carole se sent très fatiguée. Nous sommes certainement atteints du soroche : le mal des montagnes. Ça donne l’impression d’avoir des vertiges, des maux de tête et l’envie de vomir ; un peu comme quand vous sortez des tasses d’un parc d’attraction, mais en puissance 10. Pour marcher en pleine montagne c’est donc forcément pas très agréable…Il nous faut redescendre au plus vite afin d’éviter que ça s’empire. ( le soroche n’est pas très dangereux sauf si vous persistez à monter en altitude).

L’arrivée des arrieros :

Nuno sort de la tente pour aller remplir une casserole dans un cours d’eau pour faire du café et nous réchauffer avant d’attaquer cette journée. Il s’aperçoit que le sol est tout blanc : recouvert de neige fondue et de grêlons. Le brouillard n’a pas diminué d’intensité depuis la veille. Notre champs de vision est réduit à moins de 10 mètres. Puis, il entend des cris au milieu de bruits de sabots qui résonnent sur les parois de la montagne. Au bout de quelques minutes il devine l’ombre de mules et chevaux suivis de deux hommes, qui descendent la montagne en notre direction. Il les appelle avec la technique de communication de tous les endroits reculés de la terre, comme on le fait encore notamment sur Rebordoes : hééééééééééoooooooooo… ( « Est-ce que tu m’entends hého… ») Une voix nous répond : ouuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhh….puis arrivent une demi douzaine de mules accompagnées de deux chevaux et deux hommes. Ce sont deux arrieros qui rentrent vers Vaqueria après avoir accompagné un groupe de touristes jusqu’à Santa Cruz. L’un est jeune, l’autre doit avoir la soixantaine.

Nous discutons avec eux, et voyant que nous ne sommes pas en grande forme ils nous déconseillent de continuer vers Santa Cruz en raison du brouillard qui est encore plus épais de l’autre côté de la montagne, et du mauvais temps qui ne va aller qu’en s’empirant selon eux.

Quelle chance !!! Ils nous proposent donc gentiment de nous aider à redescendre le plus vite possible jusqu’à Vaqueria. Si on se dépêche on pourra arriver à temps pour le bus de 13 heures qui redescend jusqu’à Yungai. Epuisés et avec nos maux de tête nous acceptons donc leur aide, surtout qu’ils connaissent parfaitement le chemin. Nos rangeons donc en catastrophe nos affaires et plions notre tente complètement trempée, et commençons la descente en courant, entourés des arrieros et de leurs bêtes qui portent le gros sac de Nuno, qui lui a récupéré celui de Carole. Ils ont un rythme soutenu, on a du mal à le suivre.

Le brouillard se lève peu à peu, la roche est très glissante et les sensations de vertiges rendent la descente difficile et dangereuse. Plusieurs fois, même les bêtes sont à deux doigts de tomber en raison de leurs sabots qui glissent sur les pierres. Après le passage le plus difficile, la descente devient moins dangereuse et Wilder, le plus jeune des arrieros propose à Carole de monter sur son cheval car elle est exténuée. Nuno continue à pied avec les arrieros, mais il glissera et manquera de tomber à plusieurs reprises sous le coup de la fatigue et des maux de tête.

Au milieu du parcours, le plus vieux des arrieros propose à Nuno de monter sur son cheval. Le vieil homme ouvre la marche, il court devant les ânes, suivi de Nuno et Carole sur leurs chevaux et de Wilder qui ferme la marche avec le sac de carole sur le dos. Ils ont une énergie impressionnante. Ils nous expliquent qu’ils vivent en montagne depuis tous petits et sont habitués à courir en altitude, en descendant ou en montant. A côté un match de foot de 90 minutes sur du plat c’est aussi fatiguant qu’une partie de cartes au bord de la piscine! Nuno devra descendre de son cheval à chaque passage dangereux et glissant car, la pauvre bête n’est plus toute jeune et est très fatiguée car elle marche depuis 5 jours déjà. Malgrè sa fatigue, la bête veut montrer que c’est elle qui est la plus vieille et donc elle qui dirige les troupes : à chaque fois qu’un âne veut lui passer devant ou bouleverser l’ordre de la marche, elle galopera jusqu’à l’âne indiscipliné pour le remettre à sa place en lui donnant des coups de sabot ou de dents.

 Avant d’arriver à Huaripampa, nous descendons des bêtes et passons devant. Nous ouvrons la marche tandis que les arrieros restent en retrait avec les bêtes pendant plusieurs minutes. Ils font des échanges de sacs et cargaisons sur les dos des bêtes qui commencent à accuser sérieusement le coup. Elles avancent plus lentement, certaines s’écartent pour boire de l’eau dans la rivière ou pour se coucher à terre…Le vieil homme devra leur lancer des cris et jets de petites pierres pour que les bêtes se remettent à trotter.  Nous traversons Huaripampa et passons devant la maison de Young, le jeune homme qui devait nous accompagner avec ses mules jusqu’à Punta Union. Wilder demande à la mère de Young pourquoi il n’est pas venu comme nous avions convenu. Celle-ci répond en Queshua que son fils lui a dit que nous ne voulions pas payer. Bien sûr, c’est exactement ça : on voulait qu’il travaille gratuitement. Un sacré menteur ce jeune Young ! Wilder nous confiera que Young est un jeune fainéant qui ne veut ni aller à l’école ni travailler : il a certainement eu peur de la pluie et du mauvais temps. Et par ici il faut savoir travailler dur pour gagner sa vie comme dit Wilder.

Avant d’arriver sur Vaqueria, le vieil homme nous quitte avec ses mules pour remonter jusque chez lui à Colcabamba. Nous continuons avec Wilder jusqu’à chez lui. Il rend les mules à ses voisins puis sa mère part chercher une nouvelle mule pour monter nos affaires jusqu’au haut de Vaqueria où passe le bus pour Yungai. On se rend compte que Wilder est le fils de la vieille dame qui nous avait aider en vain à chercher un arriero le premier jour du trek. Nous nous affalons sur la pelouse devant chez lui, pendant qu’il décharge son cheval. Il enlève son blouson qu’il avait rangé dans le sac de carole et part déposer ses affaires chez lui. Puis sa mère arrive avec une nouvelle mule et nous voilà repartis jusqu’au sommet de Vaqueria.

Nous y arrivons vers 12h40. On se sent fatigués par cette course folle, mais nos maux de tête ont beaucoup diminué. En effet, on confirme qu’il faut redescendre quand on a les premiers signes du soroche. Il nous reste 20 minutes avant le passage du bus vers Yungai. On en profite pour remercier Wilder de la précieuse aide qu’il nous a apportée. Grâce à lui on a réussi l’exploit de redescendre en une demi-journée ce qu’on a mis deux jours à grimper ! On a 100 soles sur nous et il nous en faut 40 pour redescendre jusqu’à Huaraz/ On lui offre donc nos 60 soles restants, soit l’équivalent de 2 jours de travail, ( c’est ce qu’on aurait du donner à Young s’il était venu nous escorter jusqu’à Punta Union !) même s’il na passé qu’une demi journée à notre service. Nous lui achetons également une boisson, et suite à sa demande nous lui offrons toute la nourriture qui nous reste du treck et que nous avions pris en trop, en pensant que nous aurions un arriero avec lui. Bref, en guise de remerciement nous lui donnons tout ce que nous avons sur nous.

Le minibus pour Yungai arrive mais il est déjà plein à craquer. Le prochain est dans 4 heures et il n’est pas sur qu’il ait de la place. Le conducteur nous propose de faire le voyage sur le toit du minibus, avec les bagages. Nous n’avons qu’une envie c’est de rentrer sur Huaraz. Nous acceptons donc cette place aux premières loges, pour 10 soles par personne au lieu de 12. Nous voilà partis pour 3 heures de descente. En haut, assis sur les bagages et bien accrochés à l’aide des filets qui retiennent les bagages, nous avons une vue imprenable sur la montagne, les chutes d’eau…et le ravin. On se fait contrôler par la police, qui après quelques minutes nous relaisse partir. Ça ne semble pas la déranger que l’on soit sur le toit du minibus. Puis il commence à pleuvoir fort. D’abord de la pluie, ensuite de la grêle, qu’on se prend en plein visage. C’est tout de suite moins sympa comme place. Au bout d’une dizaine de minutes, la grêle ne s’arrêtant pas, le chauffeur nous fait descendre. Il a trouvé une solution pour réussir à nous faire entrer dans le minibus : il prend un des gros sacs qui se trouvent sur le toit, et le met au milieu du couloir du minibus pour que nous nous installions dessus. Pas très confortable mais au moins nous sommes à l’abri. Record battu, encore mieux que le colectivo de Llupa, nous sommes 20 personnes dans ce minibus de 9 places. Qui dit mieux ?

On discute avec un jeune couple italien qui nous avait pris pour des compatriotes. Ils étaient venus faire le trek de Santacruz comme nous, mais en raison du mauvais temps l’agence a annulé le tour. Ils rentrent donc déçus. On leur raconte le trek, et finalement ils sont contents de pas l’avoir fait dans les conditions que nous avons endurées. Arrivés sur Yungai on prend un bus pour Huaraz à 4 soles par personne.

Là on vérifie nos sacs, car Carole a un flash : au moment où les arrieros ont fait les changements de sacs, elle a vu Wilder ouvrir son sac. Elle n’a pas trouvé ça suspect, car il y avait rangé son blouson. Hé bien comme par hasard, il nous manque notre couteau suisse. Il n’est pas à sa place. On vérifie quand même partout, mais en vain. On nous a volé notre couteau suisse qui nous avait été sympathiquement offert parles collègues de l’étude notariale de Boissy Saint Léger…On est dégoutés ! On a fait confiance à Wilder, on lui a donné tout ce qu’on avait en remerciement de son aide. Et lui, la monnaie qu’il nous rend c’est de nous voler. C’est sur que c’est lui car on a croisé personne d’autre donc il est le seul à avoir eu accès à nos affaires. On comprend mieux pourquoi les arrieros sont restés si longtemps en retrait tout à l’heure. Ils ont fouillé les petites poches de nos sacs : les seules qui n’étaient pas fermées à cadenas. Heureusement nous n’y avions pas mis notre caméra ni notre appareil photo !

On est super énervés et déçus. On veut retourner à Vaqueria récupérer notre canif, mais il est trop tard et puis il niera certainement. Dire qu’on l’a vu ouvrir les poches, mais on lui faisait confiance on pensait qu’il récupérait son blouson. C’est ce qui déçoit le plus : être blessé par quelqu’un à qui vous faites confiance et qui vous poignarde dans le dos ! C’est le deuxième cadeau qui disparait du voyage : le premier était le mousqueton-cadenas que nous avons oublié à San Cristobal au Mexique, et là on se fait piquer notre super couteau suisse.

On est dégoutés car c’était un beau cadeau et on l’utilisait quotidiennement. Mais avec du recul, on a un peu relativisé. Malheureusement ici c’est presque normal, ils vivent dans une situation de pauvreté telle, que les quelques touristes qui passent par là sont pour eux une aubaine. Il est forcément tentant de choisir la voie de la facilité : le vol, plutôt que la difficile labeur.  Le vol de notre couteau suisse lui rapporte plus que 4 pénibles jours de travail d’arriero. La valeur de revente du canif lui permettra de se nourrir pendant plusieurs semaines, ou ce qui est déjà plus blâmable de s’acheter alcool et cigarettes… Ici les jeunes n’ont pas la chance que nous avons en France : ils n’ont que très rarement accès à l’enseignement, aux écoles et aux universités. Ils sont souvent illétrés et travaillent très très jeunes. Au Pérou il n’il y a qu’un million de personnes sur 28 millions d’habitants, qui savent lire ! Alors qu’en France, tous les jeunes, de tous horizons, milieux et conditions ont accès aux universités publiques et quasiment gratuites en comparaison aux autres pays ! Chez nous il ne tient qu’à nous de travailler dur et de réussir, alors qu’ici même en travaillant dur il n’est pas facile de s’en sortir. Wilder a donc saisit une opportunité lui permettant d’améliorer un peu son quotidien…On essaye donc de relativiser : nous sommes des privilégiés !

Rentrés sur Huaraz, on dépose nos affaires à l’hôtel puis on part rendre le matériel de camping à l’agence où nous l’avions loué. Toutefois nous devons rentrer à l’hôtel avec tout le matériel car l’agence a fermé plutôt que d’habitude ce soir en raison d’une réunion.

Ce vendredi 13 qui avait pourtant bien commencé, s’achève sur une petite pointe de déception et d’amertume. Nous partons nous coucher, exténués par ces 3 jours de Trek. C’était épuisant, et les conditions l’ont rendu encore plus difficiles. Toutefois nous ne regrettons pas de l’avoir fait. Nous avons vu des paysages magnifiques et en gardons des supers images et souvenirs. Plus l’ascension est difficile, plus l’arrivée au sommet est savoureuse !



02/12/2009
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